PASSER À LA SLOW FASHION - COMMENT CONSOMMER LA MODE DE FAÇON ÉCO-RESPONSABLE ET DURABLE

find out how to make fashion for good - habile était là

Difficile de parler de mode quand on vient de passer deux mois de confinement en jogging ou pyjama. Mais si cette période nous a bien appris quelque chose, c’est que les enjeux de la mode éco-responsable sont plus que jamais dans l’ère du temps 

D’abord parce qu’on se rend soudain compte qu’on n’a pas forcément besoin d’avoir 15 jeans, contrairement à ce qu’insinuent les mails de promotion de Zara… Mais aussi parce qu’en cette période d’espoir et de renouveau, l’heure est à rêver à une transition vers un monde plus écologique.

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Alors évidemment, le chemin est long : les grands groupes de la fast-fashion (Inditex, H&M et Asos) continuent à produire les marques les plus influentes et à faire un chiffre d’affaires hallucinant (40 milliards d’euros en 2018). 

Mais peu à peu, d’autres voix se font entendre, relayées par les réseaux sociaux et les médias : oui, on peut s’habiller tendance tout en étant éthique. Oui, on peut avoir un dressing éco-responsable stylé. Et oui, une vie sans fast fashion est possible…

Et même nécessaire. 

Alors comment passer à un mode de consommation plus responsable ? Quels sont les gestes à prendre pour acheter des vêtements stylés et éthiques ? Et surtout, pourquoi faut-il éviter la fast fashion ?

Bienvenue dans l’univers de la slow fashion. 

Mais d’abord, une petite piqûre de rappel…

Et une piqûre, ce n’est jamais très agréable. En l’occurrence, pour bien comprendre l’importance du sujet, il s’agit de rappeler ce qu’est la fast fashion, et quel est son impact sur la planète. 

La fast fashion, c’est toutes ces marques qui sortent des nouveautés quasiment toutes les semaines. Un peu comme le fast food, ce n’est pas très sain, et surtout pas bon pour la planète : d’abord parce que ça crée une sensation de manque permanent, mais aussi et surtout parce que l’industrie de la mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde : 20% de la pollution mondiale de l’eau, entre 3 et 10% des émissions de gaz à effet de serre, et 4 millions de tonnes de textiles jetés chaque année, entre autres. 

Les marques de fast fashion, vous les connaissez tous, et il est fort possible que vous en ayez au moins une pièce chez vous : Zara, H&M, Mango, Primark, Monki, Asos, Missguided, Nasty Gal… Bref, toutes ces marques chez qui on shoppe sans se poser de questions quand on a envie de s’offrir un petit plaisir pas cher.

Sauf que voilà, ce petit plaisir “pas cher” a un coût :  

-Celui d’une planète qui va mal à cause d’une industrie gigantesque : émissions de gaz à effets de serre, pollution de l’eau, surproduction d’emballages, exploitation massive de ressources non renouvelables… La fast fashion est la deuxième industrie la plus polluante au monde pour une bonne raison. 

-Celui d’une péremption rapide et accélérée des vêtements : la petite robe que vous achetez pour être à la mode a été pensée pour ne pas durer longtemps. D’abord parce que sa matière ne tient pas dans la durée, mais aussi parce qu’elle ne sera plus très tendance dans deux semaines. Ce qui vous donnera envie d’en acheter une autre, puis une autre, puis une autre… Avec une sensation de manque constant. Il est fini, le temps des collection Automne/Hiver et Printemps/Été. En fast-fashion, ces saisons sont elles-mêmes découpées en dizaines de collections.

-Celui d’une utilisation de composants qui peuvent être nocifs pour notre santé : en 2012, Greenpeace publiait un rapport intitulé « Les dessous toxiques de la mode ». Ce rapport a révélé qu’une vingtaine de marques de prêt-à-porter vendaient des vêtements contenant des substances chimiques dangereuses (éthoxylates de nonylphénols, colorants azotiques, phtalates,…). À première vue, ça ne vous dit rien, mais certaines de ces substances sont des perturbateurs endocriniens qui impactent les fonctions reproductives et dérèglent le fonctionnement hormonal. D’autres sont même connus pour être cancérigènes. Bref, tout ce qu’on n’a pas envie de porter sur soi à même la peau toute la journée. 

-Celui de conditions de travail honteuses et dépourvues de droit social : pas étonnant que la plupart de vos vêtements soient estampillés made in China/Bangladesh/Turkey/Mexico/Pakistan/Indonesia. Ce sont des pays où la main d’oeuvre est moins chère, et souvent exploitée. Souvenez-vous : en avril 2014, la catastrophe du Rana Plaza au Bangladesh a marqué les mémoires. L’usine qui abritait plusieurs ateliers de confection a vu périr 1127 travailleurs dans son effondrement. Ils travaillaient pour diverses marques internationales. Un drame devenu symbole des abus de la fast fashion.

Le problème ? C’est qu’il faut des drames comme celui-ci pour que soudain les gens se rendent compte de ce que leur petit pull pas cher cache. D’après Géraldine Viret, responsable de communication pour l’ONG Public Eye, « Il n’y a pas de remise en question du modèle d’affaires actuel dans l’industrie textile, à ce jour ». 

Bon, on vous avait prévenus. Ça fait mal, une piqûre de rappel. Et désolés si en ce moment-même, vous regardez d’un air penaud votre T-Shirt 100% fast fashion acheté sans savoir tout ce qu’il y avait derrière. 

Mais alors, quelle est l’alternative à la fast fashion ? Comment s’habiller de façon plus responsable et durable ? Et comment rester à la mode tout en sauvant la planète

Rassurez-vous, il y a une réponse à ces questionnements : c’est la slow fashion

La slow fashion, quésako ? 

La slow fashion (aussi appelée slow ware), c’est ce qu’on prône chez Habile, et qu’on défend sans cesse. Par définition, elle s’oppose à la fast fashion en tous points. 

La slow fashion désigne en effet des marques de vêtements qui produisent des pièces conciliant mode, qualité et durabilité. Finies, les collections qui durent à peine deux semaines : en slow fashion, quand on achète un vêtement, on pourra le porter pendant plusieurs saisons au moins. 

Cela passe notamment par l’utilisation de matières premières plus écologiques et de meilleure qualité, des conditions de travail plus responsables, une production plus locale, ainsi que des techniques de production plus respectueuses de l’environnement

Pour faire simple : la slow fashion, c’est la qualité plutôt que la quantité. Le petit pull basique que vous auriez acheté 19 euros chez Zara vous coûtera certainement plus cher auprès d’une enseigne de slow fashion… Mais il sera plus responsable et ne boulochera pas après le premier lavage. 

De quoi consommer de façon plus réfléchie et responsable. 

Et ça, les marques qui le font le mieux, ce sont les marques dites “éco-responsables” et “durables”. 

 

Qu’est-ce qu’on appelle “éco-responsable” et “durable” ? 

Comme c’est une nouvelle manière de produire de la mode, les définitions sont encore floues.  

Une étude de la chaire Institut Français de la Mode-Première Vision présentée le 18 septembre dernier le prouve : pour certains, la mode éco-responsable est comprise comme “issue de matières naturelles”. Pour d’autres, elle est plutôt associée à une production respectant l’environnement et qui limite le gaspillage des ressources. Pour d’autres encore, la mode « durable » renvoie à des produits dont la qualité permet d’être utilisée plus longtemps, pour éviter les tonnes de textiles jetés chaque année.  

Eh bien, la réponse, c’est que la mode éco-responsable combine un peu de tout cela à la fois. En plus d’être un nouveau mode de production et de consommation, c’est même une révolution quasiment culturelle qui se fait peu à peu sa place dans les esprits, et une bataille menée de front par les jeunes comme les moins jeunes, même si les millenials sont les consommateurs qui se font aujourd’hui les portes-parole de ce mouvement.  

Ça donne envie de s’y mettre, non ? Ça tombe bien : comme c’est un sujet qui nous tient à coeur chez Habile, on a décidé de vous lister nos meilleures astuces pour amorcer sa transition vers une mode plus durable et éthique… Tout en restant trendy. 

Comment s’habiller éco-responsable et stylé ? 

-Triez et limitez votre garde-robe : ici, pas de jugement. On est tous passés par la case “j’ai déjà un pull gris mais celui-ci a un joli détail sur le col et une nuance un peu plus foncée, donc j’en ai besoin, donc je l’achète”

Sauf que c’est ce genre de comportement et d’achat impulsif favorisé par la fast fashion qui mène aux constats suivants : dans un rapport, Greenpeace comptabilise 100 milliards de morceaux de vêtements produits chaque année dans le monde. Allez, et le coup de grâce : d’après une étude de l’agence de conseil britannique Wrap, 30 % de notre garde-robe ne serait presque jamais portée

Oui oui, c’est ce fameux pull gris si révolutionnaire que vous ne porterez que deux fois, ou que vous oublierez avant même de l’avoir mis (en moyenne en France, 114 euros de vêtements jamais portés dans chaque logis…)

Alors faites le tri : en prenant la peine de vider vos placards pour mieux les trier, vous aurez l’occasion de redécouvrir des pièces que vous aviez oubliées et de leur donner une seconde chance, ou bien de les donner pour les faire recycler par des entreprises dédiées. Le Relais, par exemple, recense toutes ses bornes de tri sur son site Internet, pour savoir où trier vos vêtements près de chez vous (ici). 

Il existe également des sites dédiés au tri pour mieux apprendre à s’y mettre, comme La Fibre du Tri : https://www.lafibredutri.fr.

-Prenez soin de vos vêtements pour les garder plus longtemps : le problème avec la fast fashion, c’est que les matières sont faites pour ne pas tenir… Et donc créer une mode “jetable”. Après deux ou trois lavages, les pièces ne se tiennent plus, et on a envie de les remplacer. 

Malin, mais catastrophique pour la planète et votre porte-monnaie. 

Alors il est temps de revenir aux fondamentaux, et soigner sa garde-robe comme on prend soin de sa peau :       

    • Respectez les préconisations de lavage (30° recommandé, retournez les jeans et autres vêtements délicats, lavez les pièces fragiles à la main, aérez la laine)
    • Évitez le sèche-linge car il abîme les vêtements
    • Reprisez vos vêtements : non, ce n’est pas parce que votre pull a un trou qu’il est bon pour la poubelle. Quand un vêtement est abîmé, vous pouvez tout à fait le repriser plutôt que de le considérer comme foutu. Bouloches, trous, taches… Il y a forcément un remède aux bobos de vos vêtements !  
    • Vous trouverez plus d’infos sur le soin de vos vêtements sur des sites comme www.linfodurable.fr, et chez HABILE nous sommes en train de plancher sur un sujet spécial pour vous donner bientôt toutes les clés d’entretien durable de vos pièces préférées, vous pouvez consulter les premiers conseils HABILE juste ici. 

-Misez sur les basiques : c’est sûr qu’une veste multicolore à sequins fera sensation lors d’une soirée. Mais la probabilité pour que vous la ressortiez un jour est proche de zéro. L’avantage des basiques, c’est qu’ils permettent de créer un dressing polyvalent dont vous ne vous lasserez pas. En les mixant et accessoirisant, vous réinventez constamment votre style sans jamais sombrer dans la monotonie.

Oui, vous pouvez porter une salopette avec un chemisier chic et des escarpins. Oui, une veste en jean peut se mettre avec une robe à fleurs ou un simple T-Shirt blanc. Comme pour la nourriture saine et ses cheat days, fixez-vous une règle de 80-20 : 80% d’achats raisonnables (basiques, belles pièces, intemporels), et 20% de kiff (allez-y, craquez sur cette veste à sequins multicolore si vous y tenez tant. Mais rien d’autre !). 

-Plongez dans le monde merveilleux de la fripe et de la seconde main : c’est un fait, le marché des vêtements d’occasion dépassera un jour celui de la fast fashion. D’après une étude américaine réalisée par l’institut de recherches GlobalData pour le site américain thredUP, on parle d’un doublement du marché des vêtements d’occasion pour atteindre 45 milliards d’euros en 2023, davantage que le marché du luxe d’ici 2022 et celui de la fast fashion en 2028 ! 

S’habiller en friperie, ce n’est donc pas craignos, c’est carrément cool : grâce aux sélections tendance de boutiques physique mais aussi en ligne (sur le site d’Imparfaite Paris par exemple, ou sur les jolis comptes de friperies sur Instagram comme Cocktail Brut, Petite Chineuse, Fripouille Vintage…)  

Et sinon, il y a bien évidemment les sites de seconde main comme Vinted (où il y a beaucoup de vêtements de fast fashion, attention) ou Vestiaire Collective pour une sélection de marques plus qualitatives. 

-Adoptez les bons réflexes au moment de l’achat :  cela vous aidera à modifier progressivement votre comportement d’achat au profit d’une mode éthique et responsable. D’abord, au moment de craquer sur une pièce, posez-vous la question “En ai-je vraiment besoin ? Pourrai-je la porter avec plus de 3 tenues dans mon dressing ? Est-ce que la qualité a l’air suffisante pour durer sur le long terme ?”. La plupart du temps, beaucoup de pièces de fast fashion ne passeront pas le crash test… 

Ensuite, n’ayez pas peur de sortir des standards. Une multitude de marques innovantes fleurit aujourd’hui grâce à des créateurs engagés qui luttent contre la mode jetable, sans forcément aller jusqu’au vêtements bio ou vegan. Il y en a pour tous les styles et sans aucun doute le vôtre. Éthique peut rimer avec chic, et en plus vous aurez une histoire à vous raconter, avec du sens et des valeurs. Est-ce que cela ne vaut pas la peine de savoir résister au marketing agressif des grandes enseignes du coin de la rue ? 

-Privilégiez le made in Europe ou le made in France : acheter en circuit court, voilà le meilleur geste écolo. Ce qui marche pour les légumes marche aussi pour l’achat de vos chaussettes. Bon, cela va vous coûter un peu plus cher, mais l’origine est aussi une garantie de qualité et les marques françaises ou européennes ne sont pas à la traîne ! En toute modestie, vous en avez une sous le nez ;) 

-Prenez le temps d’évaluer la qualité des matériaux et la finition des vêtements : que ce soit pour vos achats online ou en boutique, regardez mieux les étiquettes de composition, privilégiez les matériaux naturels, le coton, le lin, la laine… Apprenez à jauger la coupe, la tenue du textile et la qualité des coutures. Cela vous demandera un peu d’apprentissage mais vous serez gagnant. 

Mieux vaut acheter un t-shirt à 40 euros qui durera plusieurs saisons que deux t-shirts à 20 euros qui seront bousillés rapidement au lavage. Et en plus, vous paierez le prix juste, celui de matières qualitatives en accord avec les standards de l’éco-responsabilité. D’après les experts, le premier facteur de l’impact environnemental de la mode, c’est la qualité. Si vous achetez des produits fabriqués à partir de matières résistantes et confectionnés avec des finitions soignées, vous renouvellerez moins souvent vos vêtements et cela réduira l’impact de vos achats. 

-Faites confiance aux labels  : certains promettent l’absence de substances chimiques néfastes comme certaines teintures ou enduits.  La transparence est la clé d'une mode eco-friendly. L'idée est de pouvoir informer le consommateur sur l'origine des produits qu'il achète. Par exemple ? Le label GOTS – Global Organic Textile Standard, qui certifie l’origine biologique des tissus et le respect de critères sociaux au cours de leur fabrication, le label World Fair Tarde qui garantit la confection éthique d’un vêtement éco-responsable, ou encore le label Oeko-Tex qui garantit des textiles sans substances néfastes pour l’Homme ou l’environnement. Et si vous voulez en savoir plus sur les matières à privilégier, rendez-vous sur ces sites :

https://sloweare.com/

https://fashiongreendays.fr/

https://thebigblueproject.com/

https://www.oxfammagasinsdumonde.be/blog/

https://fashionforgood.com/

Voilà ! On espère que cet article vous aura aidé à mieux comprendre les enjeux de la mode d’aujourd’hui… Et surtout, qu’il vous donnera envie de passer à une mode plus éco-responsable et durable.