Derrière ces initiales un peu barbares et cet anglicisme souvent ringard, se cachent l’ambition de transformer le monde. Rien que ça. 

Littéralement, le do it yourself désigne le fait de faire par soi-même. Le fait de construire ou de fabriquer donc - mais aussi celui de réparer - sans l’aide d’un professionnel. La démocratisation des nouvelles technologies et le partage grandissant des connaissances permettent désormais à qui veut, de faire.

Parce qu’on parle ici d’un choix et non d’une contrainte : un artisan qui travaille de ses mains pour gagner un salaire, ou un individu qui se construit un abri pour survivre, relèvent difficilement du DIY. Au-delà de l’acte concret, c’est alors le rapport au monde de l’individu qui est questionné. En faisant par soi-même, on ne dépend plus des autres. 

Le do it yourself tel qu’on l’entend aujourd’hui naît dans les années 70 quand Victor Papanek, designer de profession, écrit l’ouvrage « The Nomadic Furniture », manuel visant à expliquer simplement comment construire des fournitures primaires, tel qu’un lit, un bureau, des chaises … Avant même la naissance d’internet, l’open source prenait déjà forme. En suivant le manuel, n’importe qui pouvait monter une chaise, mais pouvait surtout monter sa chaise. C’est-à-dire que la base standard du modèle à monter laissait de la place à l’expression de sa singularité, de son imagination. 

Récupéré par le mouvement punk un peu plus tard, le DIY prend une nouvelle dimension politique, ou en tout cas idéologique. Cette contre-culture encore underground y voit le moyen de rejeter les codes d’une obsolescence déjà programmée et de la société consumériste en général. Faire soi-même, comme moyen de contestation et de libération. 

Si elle pose les bases de la vague des makers, cette posture dépasse cependant le cadre de la simple revendication sociale. Dans son étude, Matthieu Vergote parle même du DIY comme d’un « retour à soi, d’expérience intensifiée de soi-même où l’on cherche à résister à l’uniformisation, comme si à un moment avec cette possibilité créative, on se  réveillait d’un sommeil, d’une forme d’hypnose qui n’est pas nous. En créant, on affirme sa vitalité, c’est une forme de résistance. » 

Je fais par moi-même donc je suis.