Aujourd’hui must-have des fashionistas friands de looks workwear, le bleu de travail est d’abord un vêtement chargé d’histoire, qui dit plus, que ce qu’il donne à voir. 

Retour plus d’un siècle en arrière. La Révolution Industrielle bat son plein et des millions de travailleurs vont tous les matins à l’usine. Un travail dur, épuisant, salissant et souvent dangereux. Alors il a fallu trouver le vêtement adéquat. 

Le bleu de travail se généralise à la fin du 19è siècle. Son rôle se cantonne au début à protéger de la crasse, mais il devient vite un par-dessus fonctionnel dans lequel on peut ranger ses outils. Le bleu doit être confortable, pratique, solide et se laver facilement. Il évolue de la simple blouse à la veste de travail et au pantalon de travail. 

Pourquoi bleu ? Parce que la couleur était à la mode déjà ; aussi parce que elle est peu salissante. Mais également pour une raison assez prosaïque : une fois que le vêtement était trop sale, ou irrécupérable au lavage, il était reteint. Habile. 

Par opposition aux cols blancs réservés aux employés de bureau, les cols bleus étaient alors reflet de la dignité ouvrière. Au point d’en devenir un symbole : quand à partir des années 50, les ouvriers américains font du jean leur uniforme à l’usine, les syndicats français imposent le bleu de travail, comme fierté de la production made in France.

Si chaque discipline a ses contraintes propres, le bleu était et reste encore le « grand uniforme des métiers », de l’ouvrier à l’artisan, et de tous ceux qui manipulent la matière, par travail, ou par passion, ou les deux : la journée commence quand on met sa veste. 

Suivent ensuite les contestations sociales et la dégradation de la perception du travail à l’usine. Plutôt que d’être assimilé à la classe laborieuse, les ouvriers militent pour travailler avec leurs propres habits et le bleu reste au placard. Nous sommes à la fin des années 60, et alors que certains cherchent à s’en débarrasser, les étudiants soixante-huitards et même certains créateurs y voient un habit à la fois esthétique et porteur de sens. Le bleu de travail sort des usines et devient un élément de mode. 

La suite est connue : le bleu de travail fait le bonheur des amateurs de vintage et il est aujourd’hui davantage fashion statement qu’engagement social. Alors si sa vocation originelle s’est un peu galvaudée avec le temps, il n’en est pas moins soutien, même discret, aux classes laborieuses. Pas celles qui souffrent, mais celles qui font. Car au coeur de l’ADN resteront toujours les valeurs du travail, de l’effort, de l’humilité et de la passion.

Le bleu ferait donc le moine ?